Overblog Tous les blogs Top blogs Politique Tous les blogs Politique
Editer l'article Suivre ce blog Administration + Créer mon blog
MENU

Stéphane jX' Beaumont a été Avocat au Barreau de Paris, Directeur fiscal grands comptes et Expert IFEJI. Il s'est ensuite tourné vers l'écriture. Membre de l'Association des Ecrivains Combattants et de la Kipling Society jusqu'en 2026, il a contribué au JDN et à Forbes France en 2024. Son Archive, un corpus d'analyses systémiques des risques, regroupe plus de 360 billets facilement accessibles.

INCIPIT TRAGŒDIA

… La question est de savoir...quelle menace est la plus grave: celle qui pèse sur la paix ou celle qui pèse sur la démocratie dans le monde  

(Stig Dagerman)

 

 

 

 

1. Incipit: La guerre est un "Indifférent" désolant.

Il n'y a pas de consolation sans désolation  (M. Foessel)

 

Composante à la fois atroce et naturelle de l'ordre géopolitique, elle n'est ni bonne ni mauvaise en soi puisque selon les circonstances c'est nous qui, en toute conscience, la jugeons souhaitable ou pas. C'est donc une décision humaine et la preuve que l'intime n'est jamais très loin du passage à l'acte politique brutal. Serait-ce parce qu'elle révèle l'homme à sa vérité profonde et qu'elle n'est grande que lorsqu'elle n'a plus pour objet qu'elle même et qu'on espère que le moment venu elle saura substituer à la destruction certaines potentialités créatrices et cathartiques dont nous sommes incapables ? Est-ce parce qu'elle satisfait un besoin irrésistible de consolation lucide ou de réconciliation, impossible à rassasier autrement, car toujours béant en chacun de nous ? Est-ce parce qu'elle nous aide à convertir certaines fractures secrètes en leviers de destinées résilientes ? Ou bien encore parce que certaines civilisations ont la conviction qu'elles ne se consolident que dans le danger, qu'elles s'atrophient dans la neutralité, et qu'elles ne pourront donc jamais se sentir moralement libres aux yeux des nations si elles se dispensent de prendre position ? Enfin, serait-ce parce que la fin ne semble voluptueuse qu'après avoir surmonté un obstacle, repoussé une nouvelle frontière ou abattu un mur qu'on ne supportait plus?

 

2. La guerre est-elle un "Indifférent" non préférable ?

Sans doute, si elle est de celles qui ont pour objet de convaincre le vaincu qu'il est tout sauf un médiocre, qu'il lui faut oublier le tragique de sa situation et qu'au bout du compte son intégration dans le camp des vainqueurs n'implique rien d'autre que ce qui existait déjà… mais sans lui avouer que ce sera en moins bien ? Oui encore s'il s'agit de  proposer certaines "améliorations" de langage pour dissimuler l'indicible, et une sorte de "déjà vu" mais accommodé à une sauce autrement plus intrusive et technologique ? Sûrement aussi si  elle doit aboutir à une sorte de réconciliation qui ne consistera jamais vraiment en autre chose qu'en une négociation lâchement consentie par paresse intellectuelle, et constituée de compromissions confortables proposées par un prédateur souriant. Car réconcilier l'ancien et le nouveau est le plus souvent l'empreinte, non pas d'une admonestation bienveillante mais bien plutôt d'une reprise en mains réactionnaire et totalitaire, une capitulation donc. C'est pour le vaincu le déni d'une perte de substance et sans la perte, pas de manque, et sans le manque, pas de désir d'un Ailleurs. Tout dans la réconciliation proposée par le vainqueur cherche à convaincre qu'en fait rien n'a été perdu et que tard n'est pas si tard. Or ce qui a été perdu, il ne faut surtout pas y renoncer, c'est un "je ne sais quoi" difficile à formuler mais qui est comme un état de grâce planant dans une salle de concert quand les violons de l'orchestre se sont tus.                                          

 

 

   

 

3. L'exil 

Omnia mea mecum porto  (Cicéron)

Alors parfois se retirer n'est ni fuir, ni trahir. C'est peut-être même préparer les victoires à venir. Le refus de la réconciliation, la volonté de maintenir un écart et de n'être jamais en second par rapport à soi-même, quand on a perdu, c'est d'une certaine façon "partir pour Londres" pour un temps, parfois sans retour ou même la pensée d'un retour. C'est s'exiler pour prendre du recul, faire le point. Cela peut nécessiter une longue marche, la traversée d'un désert, d'une mer ou même parfois d'un simple détroit. Nous l'avons déjà dit. Est-ce éthique aux yeux de l'opinion ? Peut-être pas; mais c'est politiquement malin.

 

                                                           

 

 

4. La guerre pourrait-elle être un indifférent préférable ?

Les hommes, bien qu’ils doivent mourir, ne sont pas nés pour mourir, mais pour innover   (Annah Arendt)

Oui, quand elle est de celles qui rejettent l'oubli de l'offense ou le pardon de l'imprescriptible ? Oui encore si elle est de celles qui admettraient la perte mais ne s'y résoudraient pas. Oui enfin si elle est de celles qui choisissent d'être mal plutôt que mollement. Et donc de celles qui disent "non, je ne consens pas". De celles enfin menées pour créer du neuf dans une attitude de consolation active et subversive, qui consisterait à ne pas se réconcilier avec le passé car il est des moments où il faut savoir s'en empêcher. Elle résiderait alors dans un "Ailleurs" en marge du renoncement. 

Consolation donc, mise en chantier dans le temps long et tenant la ligne avec une dignité solitaire et verticale, elle reflète plus une éthique individuelle qu'une politique de masse gonflée de fausses certitudes. Engagée dans un processus de transformation, elle lutte dès lors pour la vie; et contre la mort intellectuelle et ses cœurs tièdes.

Ce qu'elle redoute chaque fois par dessus tout ? Le silence des pantoufles; bien plus assourdissant encore que le bruit des bottes qu'il précède invariablement.

 

 

Versions beta IA au 15 07 2026

1) Le choc du Réel, une tragédie en six mouvements

 

1. Incipit : "l’Indifférent" absolu

« L’Indifférent » est un état qui existe au‑delà du bien et du mal, et en dehors de moi. Ni bon ni mauvais par essence, sa valeur morale et politique dépendra des circonstances et de l’usage que je déciderai de lui donner selon ma nature et ma disposition au moment où je serai confronté à lui. Et puisque je suis pluriel et traversé de contradictions, "d’Indifférent" absolu il pourrait vite devenir préférable et utile, ou destructeur par la suite.

Ce choc avec le réel sera le révélateur de mon éthique de l’action, car je ne peux rester indifférent à cet "Indifférent" qui me percute. Il marque un avant et un après. À quel moment précis il survient, et comment il préside à mes choix d’intranquillité et d’intransigeance, est donc déterminant pour la suite (Camus). C’est ce choc avec un réel que je ne soupçonnais pas qui ouvre la tragédie.

 

2. La tentation de la conciliation : un moment moral décisif

Face à la tragédie du conflit qui se prépare, décider quelle menace est la plus grave — celle qui pèse sur la paix ou celle qui pèse sur les démocraties dans le monde (Dagerman) — est décisif. Chaque fois, la tentation bien humaine de la conciliation pour contourner le conflit se présente. Mais le courage n’est pas une affaire de réflexion : c’est une décision qui s’impose au principe de précaution (Munich), comme à toutes les vertus, et qui assume le risque de rompre avec la tranquillité apparente. C'est ici que se révèle la culture et la gestion du risque propre à une civilisation : savoir quand la paix devient un fétiche dangereux, quand la prudence se transforme en faiblesse, quand la conciliation cesse d'être une vertu pour devenir une abdication. Une démocratie se juge à sa capacité à discerner le risque qu'elle doit affronter de celui qu'elle doit refuser. Choisir de se battre pour les démocraties plutôt que de sauvegarder la paix à tout prix est un marqueur fort de l’état de santé d’une civilisation face à la lâcheté, à la lassitude individuelle ou collective, à la faiblesse morale. Où sont les héritiers de l’An II (Hugo et Marc Bloch) ? Et puisque c’est la menace qui nous a désignés à travers ses Empires hégémoniques et ses théocraties, le démocrate que je suis, réveillé par l’atavisme des luttes anciennes, doit choisir entre la jouissance passive, le confort ou sa dignité. La tragédie se resserre.

 

3. L'entrée dans la guerre : "l'Indifférent" désolant

L’entrée dans la guerre est déjà un "Indifférent" désolant, car elle n’obéit à aucune règle rationnelle, mais elle m’oblige quand même : il n’y aura pas de véritable consolation sans désolation (Foessel). La solitude du chef de guerre (Moïse) rappelle qu’au regard de l’éthique individuelle, être contraint de mener tout un peuple vers la guerre est toujours un arrachement, car c’est le choix de la violence réhabilitée, à rebours de l’éthique d’Abraham qui refusait le sacrifice.

Heureusement, il y a manière et manière, et les méthodes employées importeront au moins autant que les motifs (jus ad bellum et jus in bello). La désolation comme point de départ: paradoxe ou nécessité ? quand la paix devient un absolu dangereux...

Défendre la démocratie, c’est parfois refuser ses illusions et ses complaisances. La tragédie atteint ici son point de rupture.

 

4. La réconciliation : "l'Indifférent" non préférable

La réconciliation apparaît le plus souvent comme une capitulation rampante. Une fausse sortie sans honneur. L’injonction du vainqueur se transforme vite en totalitarisme imposé et en servitude volontaire. Elle nie la perte, pourtant nécessaire pour aller plus loin — moteur du manque vers le désir retrouvé.

Accepter les effets bénéfiques du choc, c’est refuser la neutralisation du sens et la fausse résolution qu’offre la réconciliation imposée.

 

5. L'exil par refus de la réconciliation

L’exil intérieur ou géographique est une manière de rester fidèle à ses convictions et de n’être jamais en second par rapport à soi et à l’histoire. C’est dire « oui » à soi et « non » à l’agresseur. C’est donc une rupture.

Partir pour Londres comme De Gaulle, entreprendre une longue marche comme Mao, traverser une mer comme Moïse ou un désert comme Lawrence d’Arabie, franchir un détroit comme Tchang Kaï‑chek : ce n’est ni fuir ni trahir. Ce n’est pas une déroute mais une retraite. C’est s’éloigner de la ville pour mieux en voir ses tours et ses défenses. C’est prendre un recul stratégique et sauver sa vie pour retourner la menace contre l’agresseur en le misérabilisant (Cicéron).

C’est un courage moral minimaliste qui prépare à la consolation active et subversive ; c’est accepter d’être mal plutôt que mollement, en tenant sa ligne de crête. La tragédie se transforme en résistance.

 

6.  La consolation active: "l'Indifférent" préférable

La consolation active et subversive comme dépassement est un Indifférent préférable, car il est conforme à ma nature du moment : un « oui » à la vie, à mon honneur et à ma stature morale. En ce sens, continuer à vivre à contre‑courant plutôt qu'à contrecœur de ce réel qui nous a frappés, c’est exploiter la perte morale pour la transformer en manque et en désir d’un Ailleurs radical.

Comme le rappelle Hannah Arendt : les hommes ne sont pas nés pour mourir mais pour innover. C’est une poétique de l’âme sauvegardée, et plus encore : une politique d’invention de soi et de création du monde.

Retour à l'accueil
Partager cet article
Repost0
Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :
À propos
Stéphane jX' Beaumont

Stéphane jX' Beaumont a été Avocat au Barreau de Paris, Directeur fiscal grands comptes et Expert IFEJI. Il s'est ensuite progressivement tourné vers l'écriture. Membre de l'Association des Ecrivains Combattants et de la Kipling Society jusqu'en 2026, il a contribué au JDN et à Forbes France en 2024 ; son corpus, de plus de 360 billets, principalement consacrés à la gestion des risques qui menacent les Organisations contemporaines reste consultable sous sa forme d'Archive.
Voir le profil de Stéphane jX' Beaumont sur le portail Overblog